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Chronique-ciné n°3 (10 films)

 

 

écrite le 13/01/2012

 

Dieu ne croit plus en nous d'Axel CORTI (1985) 3*

Film qui raconte la fuite des juifs d'Europe centrale (en particulier d'Autriche) après la Nuit de Cristal. Une fuite vue à travers le prisme de leur quotidien. Le très bel équilibre entre réalité et fiction, entre tragédie et vie qui va, rend ce récit délibérément humain. Et très touchant. La dernière (et fantastique) image symbolise à elle seule la trajectoire de ces vies éparpillées. A compléter avec les deux autres opus qui constituent la trilogie "Welcome to Vienna".

 

Douce de Claude AUTANT-LARA (1943) 2*

Le récit, très en décalage avec nos préoccupations actuelles (les amours de domestiques avec leurs maîtres) a bien sûr vieilli mais le discours est parfaitement tenu, tendu et les dialogues suffisamment prenants. Je ne me suis absolument pas ennuyé. Seule la fin, par trop rocambolesque et inexplicable, laisse un petit goût de facilité. Mention spéciale à Marguerite Moreno, très à son aise en vieille aristocrate tyrannique.

 

Edouard et Caroline de Jacques BECKER (1951) 2*

Scandé en 3 parties, ce film vaut essentiellement pour le long moment central, passé au sein de la haute bourgeoisie et aristocratie parisienne. Le début et la fin (qui ont leur importance dans le scénario) sont moins marquants. Beaucoup d'humour. Un regard acerbe sur les déviances des gens que rien n'occupe. Un des rares films français que je connaisse de cette époque où l'on retrouve une vraie connivence avec la comédie américaine qui a souvent pris pour sujet le rapport entre un personnage bon et plein de talent (l'image de James Stewart très jeune s'impose à moi), amoureux et confronté à un milieu qui ne le met pas à son aise. Ici, c'est Daniel Gelin qui s'y colle, dans le rôle d'un pianiste virtuose (ce sont les mains et l'interprétation de Samson François qui animent le film). Son salut viendra d'ailleurs d'un magnat américain de la finance dont le comportement tranche avec la déliquescence des mœurs de la "haute" française. A noter : la présence du jeune Jacques François (l'un des grands seconds rôles du cinéma français).

 

Le criminel (The Stranger) d'Orson WELLES (1946) 2*

Selon O. Welles, son moins bon film. Cela reste extrêmement fort et maîtrisé. Scénario de J. Huston sur la fuite des nazis dans le monde après 1945. Quelques prises de vue (plongée/contre-plongée) qui rappellent Citizen Kane par leur audace et qui, incontestablement, nourrissent le film. Une échelle qui n'en finit pas de longueur. Une héroïne un peu fadouille. Une belle fin. Et un E.G. Robinson (qui donne la réplique à Welles lui-même) toujours aussi bon.

 

Rendez-vous à Bray d'André DELVAUX (1971) 2*

Ce film avait tout pour me plaire : la présence de Bulle Ogier (découverte dans "La salamandre" de Alain Tanner) ; une histoire d'après une nouvelle de Julien Gracq qui se déroule pendant la guerre de 14 (comme "Un balcon en forêt"); une musique omniprésente (un peu comme dans "Un dimanche à la campagne" 4*, chef-d'œuvre de B. Tavernier) ; une atmosphère douce-amère où tout se joue autour des souvenirs et d'une rencontre manquée;  un réalisateur que j'avais découvert avec passion dans "Un soir, un train" (œuvre sans équivalent avec Yves Montand et Anouk Aimé : le seul film, à ma connaissance, où l'on passe du rêve à la réalité sans s'en apercevoir ; un tour de force tant cela s'avère décevant dans tous les films, et ils ne sont pas rares, où les réalisateurs s'y essayent). Ce film avait tout pour me plaire... et... il m'a plu. 

 

Pushover (Du plomb pour l'inspecteur) de Richard QUINE (1954) 1* 

Un bon film noir par l'un des réalisateurs préférés de Tavernier. Sur le même genre de scénario que "Assurance sur la mort" de Billy Wilder, avec le même acteur d'ailleurs (Fred Mc Murray). Très sobre, extrêmement bien filmé (voir par exemple la scène initiale sans aucune parole) mais un peu dépassé aujourd'hui (plus aucun effet de surprise même si on le voit sans ennui). Kim Novak est très convaincante en femme fatale et Dorothy Malone sympathique (mais je la préférais en nymphomane dans "Ecrit sur du vent", un des grands films de Douglas Sirk).

 

Le commissaire  (Il Commissario) de Luigi COMENCINI  (1962) 2*

Bon film de Comencini qui s'est décidément essayé à un nombre de genre incroyable (que l'on pense à l'énigmatique "Embouteillage", au lyrisme de  "L'incompris", à l'humour de "Pain, amour et fantaisie", à la puissance de "Tutti a casa" etc...). Ici il s'agit d'une enquête policière qui sert de prétexte à une dénonciation des connivences pouvoir politique/pègre. Certes le sujet est aujourd'hui banal mais pour l'époque en Italie c'est quand même pas mal. Une sorte de version comique de "Main basse sur la ville" de Francesco ROSI. Le Comencini reste très en-dessous sur le plan de la puissance du discours et du cinéma mais se fait parfaitement entendre. Alberto Sordi est magnifique (que ceux qui ne connaissent pas bien cet acteur se précipitent sur ses films. Je suis disposé à donner des conseils sur le sujet).

 

Fat City (La dernière chance) de John HUSTON (1972) 3*

Encore un film sur la boxe. Mais quel film ! Son seul alter ego dans ce domaine est "Nous avons gagné ce soir" de Wise. Tout simplement parce qu'il n'y a aucune complaisance scénaristique (ça fait assez penser à un film de Clint Eastwood mais en beaucoup, mais beaucoup plus fort). Un Huston plus terre-à-terre que dans les précédentes chroniques donc. Mais le réalisateur guette toujours la moindre parcelle de cette solitude qui accompagne chacun d'entre-nous. Ici, cette solitude prend la forme d'une certaine déchéance et étreint le récit d'un halo aigre-doux (voir la séquence avec le boxeur mexicain qui arrive avec une réputation de gros puncheur). La scène finale faite de rien (un regard, un mouvement de caméra) s'avère d'une force démentielle tant elle condense ce qu'est la vie (à rapprocher, du coup, de la dernier image de "Dieu ne croit plus en nous" !). Inoubliable.  Avec le jeune Jeff Bridges et un acteur que je ne connaissais pas, Stacy Keach, et que j'ai adoré.

 

In a Lonely Place (Le violent) de Nicholas RAY (1950) 3*

Le genre est difficile à définir. L'histoire se passe à Hollywood. On en retrouve un écho lointain dans "Deux têtes folles" de R. QUINE, avec ce scénariste qui n'arrive pas à écrire son scénario et qui trouve de l'aide et de l'appui en la personne de sa secrétaire (et bientôt amante). La comparaison s'arrête là car le film de Quine est une comédie qui a peu d'envergure. Plus pertinente me semble la filiation avec  "The player" de Robert ALTMAN du fait du meurtre, de la pseudo-enquête policière et de la force cinématographique. Cela étant, la puissance du film de Ray réside, à mon sens, dans la tenue du récit (Ray ne nous lâche quasiment jamais) due à la mise au même niveau d'intérêt des différentes composantes (l'enquête, l'histoire d'amour, l'histoire sur le milieu du cinéma, l'humour, la violence etc...) et servie par des dialogues sensationnels dont je ne résiste pas à vous donner quelques extraits:

 

(un homme à son collègue)

"- Je me suis marié.

- Pourquoi?

- Elle avait de l'argent. De plus je l'aime."

 

(l'héroïne au héros avant le début de leur amour-passion)

"-Avant de commencer une chose j'y pense à deux fois.

- Quelque chose commence ?

- Non. Je n'y ai encore pensé qu'une fois"

 

Humphrey Bogart est très convaincant en "violent" et Gloria Grahame est parfaite en femme fatale avant de s'affadir un peu dans la seconde moitié du film.

 

 

The Shout (le cri du sorcier) de Jerzy SKOLIMOVSKY  3*

Que dire... Un OFNI. Un film sur la folie. Je me le suis procuré parce que "Travail au noir" du même réalisateur est une œuvre très forte. Parce que je suis un admirateur d'Alan Bates depuis que j'ai vu "Le messager" de J. LOSEY 4* (magnifique !). "The Shout" est déroutant ; impossible d'en raconter l'histoire. J'ai assez vite pensé au cinéaste australien Peter Weir ("Pique Nique à Hanging Rock", "The last Wave", "Ces voitures qui ont mangé Paris") qui aime à créer une subtile atmosphère fantastique ou magique, notamment en lien avec les aborigènes. Et de fait il est question d'aborigènes ici aussi. Mais toute tentative de dire quoique ce soit ne fera qu'enfermer ce film dans des cadres qu'il cherche justement (et avec quelle finesse) à noyer. Un des personnages principaux est un musicien-acousticien. Il enregistre des dizaines de sons pendant le film. Ce sont des instants passionnants.

 

 

0* = indigeste, à ne voir sous aucun prétexte

1* = visible mais dispensable

2* = bon film

3* = grand film, voire très grand film

4* = inoubliable (mais cette part d'inoubliable qui n'a rien à voir avec la qualité du film, plutôt avec le moment auquel on le regarde, ou les personnes avec lesquelles on le regarde. Bref, du totalement subjectif)

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