La guitare dans la littérature #2

 

 

​Voilà des années que je collecte des extraits de textes (romans essentiellement) où je trouve le mot "guitare". Quelques "rabatteurs" (qui se reconnaîtront) m'aident à former ce corpus qui, à défaut de prendre un sens très clair, prend un certaine ampleur. N'étant pas certain de lui trouver un ordre précis, je me décide à partager ces extraits de manière décousue.

 

En ce moment précis est un recueil de nouvelles d'une acuité extraordinaire. La guitare y pointe le bout de son nez deux fois.

 

 

En ce moment précis de Dino BUZZATI

 

• Juin 1945.

Tout est régulièrement terminé, toute affaire pendante est liquidée, je ne voudrais vraiment pas que mon misérable cas personnel puisse troubler la tranquillité du monde. Et pourtant j'ai la sensation continuelle que, d'un moment à l'autre, cela va recommencer.

Pendant la nuit, les villes sont illuminées, les fenêtres ouvertes, les coeurs sont revenus désormais aux choses de jadis qui semblaient perdues, par exemple le soleil sur les plages heureuses, les échos de fête s'échappant des loggie suspendues, les départs pour des royaumes fabuleux, les aventures de nuits lointaines, les espoirs, les songes (la lune ne fait plus peur). Et pourtant d'un moment à l'autre, aujourd'hui ou demain ou après-demain…miséricorde, mais qu'avons-nous fait pour avoir tout cela ? Le silence maintenant règne sur les nuits, les amours, délicates guitares, soupirs, chants, sifflements de locomotives, ténébreuses sirènes de paquebots illuminés, sur le départ, pleins de fatalités. Mais ceci n'est-il pas un jeu ? une tromperie ? Peut-être notre condamnation, qui était si juste, est-elle commuée ?

 

• Alternative.

Quand viennent les soirs d'été et que les vieilles maisons de la rue Melloni ressemblent sous la lune aux décors de "Rigoletto", quand, vers minuit, par les fenêtres grand ouvertes on entend quelqu'un qui s'exerce timidement à la guitare, quand les des jeunes gens en nage passent lentement, seuls, rentrant chez eux et qu'à l'improviste une cloche sonne les heures ; quand la ville, toute couverte de chaleur et de poussière, se sent dans l'erreur et qu'il lui vient le désir de se venger ; ou bien quand, dans l'après-midi, le ciel devient limpide et qu'il y passe de petits nuages blancs, mais que dans le fond de la cour les mouches bourdonnent sur les ordures et que la femme à la néphrite gémit dans son lit sale, alors : dans le premier cas les longs trains de nuit volent tout illuminés, mais dans un compartiment à la lumière violette, le visage d’une jeune femme fait une tache claire dans un coin, les voyageurs racontent les merveilleuses aventures des mers et de l’Afrique, les terres lointaines, les amours qui valent la peine de vivre. Dans le second cas les soldats marchent au pas, au soleil, dans la verte vallée et comme ils sont jeunes, ils chantent de bien belles chansons, dans une heure on arrivera, les filles souriront sur leur balcon, que de choses on pourra faire dans la vie, qui pratiquement n’est pas encore commencée.

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